par JoliTorax » 27 Juillet 2009, 17:44
Pourquoi aller chercher des clients qui jouent, entre autres, aux tables de roulette anglaise pour aller les asseoir au poker ?
Simplement pour promouvoir le hodem poker qui sera bientôt en ligne sur internet. Ni plus, ni moins.
Analysons quelque peu la situation.
ARGUMENT N° 1 : « gérer, c’est prévoir » : les casinotiers préparent l’avenir !
En 2010 les casinotiers auront l'autorisation d'exploiter le poker sur internet. Théoriquement seuls les joueurs préalablement enregistrés dans les casinos pourront jouer en ligne. La concurrence faisant rage les directions s'empressent de promouvoir ce jeu et d'inscrire leurs clients.
ARGUMENT N° 2 : « gérer, c’est prévoir… plus d’argent ! » !
Il est prévu que l'imposition sur le produit brut des jeux en ligne sera environ dix fois plus faible que sur le produit brut des jeux perçu dans les casinos. Ne confondons pas le prélèvement en cours de partie et l'imposition de l'État. Que le client joue en salle ou sur son ordinateur il lui sera prélevé à chaque fois 4 pour cent sur chaque gain. L'ensemble de ces prélèvements correspond au produit brut des jeux. La taxe sur ce dernier est actuellement progressif et par tranche. Celle-ci s'élève à peu près à 60 pour cent pour un casino de taille moyenne. Quelle sera le pourcentage de cette taxe sur les produits des jeux récoltés en ligne ? Les directions se permettent de répondre qu'elles l'ignorent. Certains "milieux autorisés se permettent de penser" que cet impôt s'élèverait environ à 7 pour cent. La boucle est bouclée. Les groupes auront forcément bien plus intérêt à faire jouer leurs clientèles en ligne plutôt qu'en salle des jeux. Jusqu'à maintenant on s'imaginait, comme tout un chacun, qu'un casino ne pourrait jamais être déplacé, tout comme un hôtel. Hé bien non, maintenant ce n'est plus le cas. Notre outil de travail ne sera pas délocalisé en Chine ou dans un quelconque pays de l'Est mais simplement sur des serveurs.
Question impertinente : Et l'intérêt du manque à gagner de l'État dans tout ça, pourrait-on se demander ? Quant on relève les accointances de certaines hautes personnalités révélées par la presse et les interviews de la bouche même des intéressés, il est bien difficile de ne pas se faire une opinion personnelle. L'histoire est un éternel recommencement, César et Crassus ont dû, eux aussi, bien rigoler en leur temps...
Et contradiction tout aussi impertinente... Dans un même état d'esprit on peut relever une contradiction frappante. Il est argumenté par certains défenseurs des jeux en ligne le raisonnement suivant : << N'importe quel internaute peut actuellement jouer avec son ordinateur sur des sites étrangers hors la loi. D'où un manque à gagner pour l'économie du pays. Quitte à se que les gens consomment de l'argent au jeu, qu'on libéralise le système pour qu'ils dépensent au moins en France. >>
Entre deux on peut remarquer que le gouvernement a proposé la loi Hadopi tentant d'obliger les fournisseurs d'accès internet à bloquer les connexions des personnes téléchargeant illégalement. Comment se fait-il que ce même gouvernement n'ai pas proposé que ces mêmes fournisseurs bloquent l'accès aux sites de jeux illégaux ?
Il semble qu'il fallait ici d'une manière perverse laisser l'usage précéder le droit pour mieux faire admettre celui-ci.
Comme d'habitude on tente de prendre à une majorité qui a peu pour donner à une minorité qui possède.
Quand les casinotiers communiquent...
Revenons à nos casinos. Que nous disent actuellement nos chers cadres dirigeants ? Dans un style adepte des stages de communication que l'on pourrait qualifier pudiquement d'anglo-saxonne, ils ont pour obligation de nous rassurer. Ils nous parlent de modernisme, de nouvelles synergies. "Internet nous ramera du monde". Le même discours était adressé au personnel des jeux traditionnels lors de l'arrivée des slots. On peut juger du résultat maintenant. Diminution des effectifs et salaires divisés par trois. Il est difficile de ne pas penser que l'autorisation des jeux en ligne ne va pas s'étendre par la suite à d'autres activités, aussi bien aux jeux traditionnels qu'aux machines à sous. Le rouleau compresseur continuera sa route. On peut craindre que nos directeurs de grands établissements ne deviennent plus que des petits cadres du niveau d'une superette. Ils devront revoir alors par la suite leurs exigences plus qu'à la baisse. Tout compte fait, peut être que malgré eux, obligés de scier la branche sur laquelle ils sont assis ils tomberont de bien plus haut que leurs employés. Pour beaucoup d'entre nous qui sommes en bas de l'échelle, c'est déjà fait.
l’ARGENT et la morale de l’argent...
Il n'y a pas si longtemps.
L'établissement de jeux n'a jamais été une oeuvre caritative. A défaut d'avoir été un milieu immoral on pouvait le qualifier certes d'amoral, mais au moins le législateur avait su y équilibrer vices et vertus. Aucun directeur n'aurait eu l'idée d'amener en autocars des personnes agées des maisons de retraite pour qu'ils dépensent leurs pensions aux jeux de hasard. L'entrée était payante. Cela diminuait la tentation et protégeait les classes modestes. La surveillance de la clientèle se faisait discrète et efficace. Les renseignements généraux pouvaient contrôler en toute quiétude, avaient le regard sur tout et avaient à la limite des droits de décisions. Ils exigeaient une probité irréprochable de la part du personnel. En contrepartie celui-ci était indirectement protégé dans ses emplois de par l'application stricte de la législation. Les employés de jeux travaillaient pour l'intérêt de l'État du fait du taux de prélèvement, ils faisaient fructifier l'entreprise et auto géraient leurs propres salaires intégralement issus des pourboires. Le patron n'avait pas à faire régler la discipline, les anciens y veillaient. Les clients qui venaient jouer le non déclaré ne se sentaient pas surveillés. Dans un sens ils avaient la totale liberté de restituer à l'État ce qu'ils lui devaient. Tout le monde y trouvait son compte.
Les temps ont changé.
Les entrées sont certes filtrées mais gratuites. La politique est de brasser un maximum de petites gens sans suivi pour un maximum de profits. Le contrôle ostensible de la moyenne et grosse clientèle par saisie informatique fait fuir ceux qui dans un premier temps auraient été tentés de restituer indirectement une forme de surplus. Les casinos étrangers par un simple billet d'avion offert remplacent dorénavant les villes balnéaires. Les R.G. ont été transférés à la P.J. La nouvelle législation des jeux part en déliquescence. Les employés ont fait grève pour la défendre.
Les temps changent.
Bientôt internet : Le fiston ou l'interdit pourra jouer avec le code de papa ou celui d'un copain. Les petits malins du poker s'associeront entre eux utilisant le téléphone ou la messagerie instantanée pour prendre en tenaille et plumer le gogo. La masse salariale diminuera. L'état percevra moins de taxes qu'il ira chercher ailleurs. Les municipalités recevront moins de royalties. L'autochtone paiera la différence. Les actionnaires toucheront un certain temps un maximum de dividendes. Tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Avenir ? Vous avez dit « avenir » ?
L'ultra libéralisme comme tout extrême se transformera peut être en son contraire. La politique des casinotiers est de lancer légalement les jeux sur l'internet. La démarche est logique, mais le terrain est glissant. D'autres groupes voudront profiter du gâteau. Lesquels ? Justement ceux qui ont une grande audience sur le web et dans les médias, ceux qui n'auront pas de publicité à payer pour apparaître et qui auront déjà une forte structure de réseaux informatique. Que feront nos dirigeants si des groupes comme tf1, M6 ou Orange exigeaient la part du gâteau au nom du bien entendu sacro-saint libéralisme économique ? Pourquoi n'y auront-ils pas droit ?
Les hommes passent. Les amitiés changent.
On verra alors si Carthage se détruira par elle même.
J'ai dit.
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JoliTorax le 29 Juillet 2009, 15:34, édité 13 fois au total.