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L’ECHO n° 137 octobre 2007 Version imprimable Suggérer par mail
PRESSE

Intervention de David ROUSSET
Section fédérale des Casinos et Cercles de Jeux.

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L'Echo : Comment caractérises-tu le niveau des salaires pratiqués dans les casinos ?

Les casinos se caractérisent par des salaires honteusement bas. Ainsi, le premier niveau des minima conventionnels se situe au niveau du SMIC et le premier niveau des cadres est inférieur au plafond de la Sécurité sociale. Or, ces minima constituent le salaire réel de la très grande majorité des 16000 employés que compte la branche, même dans les casinos les plus importants.

Dans le même ordre d'idées, il n'existe pas d'accord de branche qui majorerait les heures de nuit car les syndicats patronaux ont toujours refusé de payer plus le travail de nuit ou le week-end.

Le grand public s'imagine souvent que les employés de casinos sont peu payés mais que cela est compensé par de généreux pourboires laissés par les clients. C'est hélas ! entièrement faux. Les employés des jeux traditionnels (les jeux de tapis vert) ne sont en fait payés qu'avec les pourboires. Comme ceux-ci ne suffisent pas à payer le personnel, l'employeur complète pour atteindre les minima conventionnels. Quant aux employés de machines à sous, leur salaire est au niveau du SMIC et complété par des pourboires très aléatoires non déclarés par le patron. De surcroît, l'apparition récente de nouvelles techniques de dématérialisation de l'argent (cartes, tickets) entraîne une baisse brutale des pourboires aux machines à sous.

Pour parachever le tout, il existe de profondes inégalités de salaire entre les hommes et les femmes à poste équivalent et nous revendiquons donc l'alignement du salaire des femmes sur celui des hommes.

En résumé, les employés ont coutume de dire que travailler dans un casino équivaut à bosser la nuit, le week-end et les jours fériés pour un salaire avoisinant le SMIC. Une situation devenue insupportable qui est venue nourrir les revendications lors de la grève du 31 décembre 2006, puisque la mise en place d'un treizième mois conventionnel pour tous a été l'un des principaux mots d'ordre autour desquels les employés se sont mobilisés.

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L'Echo : Les années précédentes ont-elles été marquées par une baisse du pouvoir d'achat des salariés ?

Jusqu'à la fin des années 80, les casinos étaient des endroits essentiellement fréquentés par une clientèle aisée qui s'adonnait aux jeux de tapis vert dans une ambiance feutrée. Il y avait alors peu de casinos et les employés, bien que payés uniquement au pourboire, vivaient convenablement.

A partir de 1989, les machines à sous ont débarqué en France et ont drainé une clientèle de masse en tout en attirant une partie de la clientèle des jeux traditionnels.Le chiffre d'affaires de cette activité s'est donc effondré tout comme les pourboires laissés aux employés. En réaction, ces derniers ont réussi à imposer la mise en place de garanties de rémunération propres à chaque établissement. Dans un premier temps, les patrons ont respecté ces accords et se sont concentrés sur l'ouverture de nouveaux casinos jusqu'à faire de la France le pays qui compte le plus de casinos par habitant au monde (196).

Mais à chaque fois qu'un nouveau casino ouvrait ses portes, le personnel était embauché au niveau du SMIC et souvent sous contrat précaire. Ces dernières années, les patrons se sont attaqués aux garanties de rémunération en n'hésitant pas à les dénoncer tant et si bien qu'aujourd'hui, seule une dizaine de casinos rémunère ses employés au-dessus des minima conventionnels.

Résultat : le turnover dans la branche est ahurissant : un employé sur trois a moins de deux ans d'ancienneté et plus de la moitié a moins de cinq ans d'ancienneté. En fait, de nombreux employés quittent vite le monde des casinos en se disant : tant qu'à être payé le SMIC, autant ne pas travailler la nuit, les week-ends et durant les vacances !

Mais tout cela n'émeut guère les patrons des casinos qui rêvent d'employés sans mémoire, sans identité et sans combativité

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L'Echo : Les casinos sont-ils en bonne santé économique ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le secteur des casinos ignore les difficultés économiques qui frappent parfois les entreprises. Pas de risque de dumping, de la part des pays asiatiques, pas de risque de concurrence puisqu'ils sont en situation de monopole et pas de risque de perte puisqu'ils se contentent de redistribuer une partie des sommes dépensées par les clients après avoir prélevé un pourcentage.

A cela, il convient d'ajouter la bienveillance de l'Etat qui exerce de moins en moins sa tutelle, préférant délivrer les autorisations d'ouverture et les attributions des machines à sous à tour de bras.
Avec de tels paramètres, il n'est nul besoin d'être prix Nobel d'économie pour deviner le résultat : le chiffre d'affaires des casinos a doublé en dix ans pour atteindre 2,8 milliards d'euros en 2007.

Naturellement, de tels profits ne laissent pas les capitalistes indifférents et la majeure partie des casinos appartient aujourd'hui à des grands groupes parfois cotés en bourse (Barrière, Partouche) à côté desquels se développent des petits groupes qui rêvent de devenir grands.

Signe des temps, ces dernières années ont été marquées par l'arrivée de fonds d'investissements qui savent qu'il s'agit d'une activité extrêmement rentable. En effet, la tendance actuelle est à l'ouverture, dans les grandes villes, de complexes comprenant casino, hôtels, restaurants, salles de congrès, etc. Déjà, les municipalités de Bordeaux, Toulouse, Le Havre, Lyon et Lille se sont laissées tenter et d'autres pourraient suivre prochainement.

Enfin, la possibilité de voir le gouvernement qui n'a visiblement rien à refuser aux casinotiers leur accorder des licences pour exploiter des casinos virtuels sur Internet vient conclure un tableau où l'enrichissement des patrons et des actionnaires est inversement proportionnel à l'appauvrissement des travailleurs.

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L'Echo : Quelles sont les initiatives prises par FO en matière de pouvoir d'achat (revendications, négociations, etc...) ?

Ce n'est un secret pour personne dans la branche. FO a joué un rôle majeur dans la grève du 3 décembre 2006 qui exigea notamment l'instauration d'un treizième mois pour tous.

Nous comptons bien continuer porter cette revendication dan les négociations de branche comme les NAO et nous sommes tout à fait disposés discuter des modalités ou du rythme de la mesure. C'est réellement notre priorité numéro un.

Nous sommes également mobilisés pour refonder le mode de rémunération des employée Nous proposons un mode commun à tous qui soit composéNaturellement, cette part variable ne serait pas versée "au noir" comme aujourd'hui et l'employeur prendrait en charge les cotisations sociales correspondantes. d'une part fixe et d'une part variable (les pourboires).

Par ailleurs, nous estimons aussi que le travail de nuit mérite d'être plus payé car sa nocivité sur l'organisme est encore plus forte que pour les heures de jour.

Enfin, la suppression des inégalités salariales entre hommes et femmes est un phénomène tellement abject que l'on se demande même pourquoi il faudrait encore se donner du temps pour en venir à bout.

Il va de soi que ces revendications peuvent sembler peut-être trop ambitieuses à certains esprits chagrins.

En réalité, elles ne visent qu'à rendre, en partie aux salariés les richesses qu'ils ont produites en travaillant dans des conditions difficiles qui leur sont dues.

Pour y parvenir, nous disposons de deux leviers qui sont la mobilisation et la négociation, et nous nous efforçons de les utiliser conjointement car c'est de cette façon qu'on est plus efficace.

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